Mai
La corruption constitue un véritable fléau auquel
la République démocratique du Congo fait face. Autant ses conséquences sont
réelles, sa lutte devrait également l’être. La petite et la grande corruption,
ainsi qu’un réseau complexe de clientélisme politique, s’insinuent dans tous
les secteurs de l’économie, sapant les perspectives de développement et mettant
ainsi en péril l’équilibre fragile de l’après-conflit (Marie châne,2010, p1). Le pays connait depuis
plus de deux décennies des conflits et de guerres cycliques dans sa partie
orientale qui facilite la corruption, le détournement des deniers publics,
l’enrichissement illicite, le blanchiment de capitaux, le financement du
terrorisme ainsi que d’autres infractions sous-jacentes génératrices de profits
illicites (fraude douanière, exploitation illégale des ressources naturelles…).
La valeur des pertes occasionnées au pays par la fraude et la corruption
est estimée par le Gouvernement à 9 milliards dollars américains par année,
soit près du double du budget national (Rapport d’évaluation mutuelle 2021). En dépit de ses richesses
minérales considérables, l’extraction des ressources naturelles est toujours
associée à une corruption généralisée, y compris au sein des forces armées,
entraînant la violence, l’insécurité et le mécontentement de la population (Marie
Chêne, 2010).
Très souvent en RDC, la fin des conflits est
marquée par les accords politiques pour le retour à la paix. Cependant, il
s’observe que les questions liées à la corruption sont toujours traitées à la
rubrique ‘’faits divers’’, pourtant premièrement, ces conflits
armés sont généralement financés ou alimentés par la corruption, deuxièmement
après le protocole de paix, anciens rebelles sont censés occupés des postes de
responsabilités dans le gouvernement et les entreprise de l’état à travers le
processus d’intégration, sans mécanismes forts de gouvernance et de lutte
contre la corruption tel que la déclaration des patrimoines. Pourtant, en raison de la
corruption et de la mauvaise gestion, la contribution des entreprises publiques
au budget de l’Etat est devenue quasi inexistante. « Il apparait que les
pratiques corruptives sont justifiées et ‘’euphémisées’’ par leur grande
proximité ou interpénétration avec des pratiques sociales communes et
‘’normales’’. Les mots et les discours participent ainsi à une entreprise de
banalisation (Kodila Tedika, 2013, p4). Etant un pays à jeune
démocratie et fragile, la RDC nécessite la consolidation des principes forts de bonne gouvernance
après les conflits afin de lutter contre les pratiques corruptives pour une
construction post conflit. Pour ce faire, cette étude cherche à répondre à ce
questionnement : quelles sont les politiques que l’état peut mettre sur
pied afin de lutter contre la corruption généralisée dans le contexte de
fragilité ou poste conflit ? Pourquoi intégrer l’approche de gouvernance dans
le processus de négociation pour le retour de la paix ? quelles sont les
mesures pouvant rendre les institutions publiques fortes, stables,
transparentes et redevables ?
Cet
article analyse les mécanismes efficaces pour lutter contre la corruption dans
un contexte de fragilité et son incidence sur une paix durable. A l’issue du processus de paix, les rebelles
abandonnent l’exploitation illégale des ressources pour intégrer les
institutions républicaines et occuper des postes de responsabilité. ‘’Rien ne
se perd, tout se transforme’’ au nom de la paix. Nous pensons qu’après plus de
deux décennies des conflits en répétition, la paix est nécessaire, mais il est
indispensable d’intégrer des politiques de gouvernance dans la phase de
négociation afin de rendre les autorités redevables et les institutions
ouvertes. Ses politiques sont : un dispositif clair sur la déclaration des
patrimoines, une loi spéciale sur la lutte contre la corruption (prévention et
répression), une loi sur l’accès à l’information, une loi portant protection
des lanceurs d’alerte, afin que les autorités soient plus redevables,
transparent et la société soit plus ouverte.
La non prise en compte des
mécanismes de la bonne gouvernance dans les résolutions a de l’incidence sur
une paix durable et amène le pays dans un cercle vicieux.
Au
regard du contexte de la RDC, où les conflits armés sont liés à l’exploitation
des ressources naturelles et à la corruption, nous pensons que dans le
processus de paix, il est indispensable d’intégrer des mécanismes forts de
gouvernance et de lutte contre la corruption pour un processus réussi et pour
une paix durable afin d’éviter le cycle des violences.
Reconnaissons
certes que la littérature sur la lutte contre la corruption n’est pas assez
fournie en République démocratique du Congo. Aussi, le cadre juridique et
institutionnel présente également beaucoup d’insuffisances : Absence d’une
loi spéciale sur la lutte contre la corruption, absence de la loi sur la déclaration
de patrimoine, absence de la loi sur la protection des lanceurs d’alerte et
d’accès à l’information, etc. A cela s’ajoute la corruption bureaucratique,
notamment l’influence de l’application des règlements, contournement des règles
de jeu socio-économique, le non-respect du code de conduite des agents publics,
trafic d’influence, etc.
Il
est également démontré que l’approche répressive a étalé ses limites. Elle n’a pas été à mesure de dissuader ceux qui font la
corruption, le détournement des deniers publics et les malversations
financières parce que la justice est malade. Aussi, pour ne pas frustrer ceux
qui ont accepté d’intégrer le processus de paix, de peur qu’ils ne se sentent
pas menacer et juger bon de retourner dans la rébellion, ces derniers deviennent
intouchables au nom de la paix. C’est
pourquoi, il
est indispensable de mettre en place une bonne approche susceptible de rendre
les institutions plus stables, intègres, ouvertes…, nécessaire pour lutter
contre la corruption dans le contexte poste conflit. Il s’agit donc d’une loi
spéciale sur la lutte contre la corruption, loi portant déclaration des
patrimoines, la loi sur l’accès à l’information, la loi portant protection des
lanceurs d’alerte. Etc.
Au
regard du contexte de la RDC, où la corruption et l’exploitation des ressources
naturelles, les conflits armés sont intimement liés. A l’absence des mécanismes
forts de gouvernance et de lutte contre la corruption, après les conflits, il nous
parait déductible que, faute d’intégrer des questions liées à la gouvernance et
à la corruption dans le processus de paix, il reste dubitatif de parler d’une
paix durable en RDC.